Noël 2013 : Guardian de Maspian

Le roi venait tout juste de mourir sous l’épée du démon Morthis. Myrdhanos avait prévenu le grand capitaine, la Main du roi, le plus vieux soldat de la garde. Guardian de Maspian le savait : demain à la même heure, il serait mort. Cette fin lui fut  annoncée de longue date par le clan. En tant que tuteur du jeune Kharon, son décès devait conduire le jeune soldat à fuir la capitale, poursuivre l’assassin et ainsi commencer sa longue quête pour la sauvegarde du monde. Guardian avait peu de temps. Il se dit qu’il allait devoir se fondre dans la populace du quartier pauvre. Il quitta ses habits de fêtes et prit ses anciens vêtements d’espion. Cela faisait près de 20 ans qu’il ne les avait pas portés. La dernière fois, il avait sauvé la vie du roi. Son fils, ce soir, il ne l’avait pas sauvé. Il avait pourtant fait son devoir mais envers le clan, le mage lui avait expliqué qu’il fallait parfois laisser mourir un homme pour en sauver des milliers. Myrdhanos lui avait ensuite expliqué qu’une autre vie devait être prise, la sienne. Guardian ferait son devoir comme toujours depuis 40 ans. Habillé en mendiant, il lui fallait pourtant être crédible et éviter la milice qui sévissait encore sans doute dans les bas quartiers. Il se rendit aux écuries, s’assura que personne n’était présent, prit du crottin de cheval et en passa sur ses vêtements. Il prit la direction de l’enclos des porcs et, cette fois, c’est l’ensemble de sa peau et de sa barbe qui fut enduit de lisier. Arrivé à la sortie du Palais, il croisa les gardes qui le prirent pour l’un des fermiers qui faisaient les livraisons. Guardian avait pensé à prendre l’un des colliers de reconnaissance du personnel du Palais. Il aurait pu montrer sa bague de Main du roi mais il ne souhaitait pas que l’on sache que le capitaine Guardian avait quitté le Palais juste après un événement aussi tragique. Il avait laissé des ordres, sa mort ne serait annoncée que dans une dizaine de jours. Après l’enterrement du roi. Son corps serait confié aux gnomes et serait enterré dans le petit village qui l’avait vu naître.

 

Guardian se rendit, par des chemins que seul le clan de Maspian connaissait, dans la ville basse et guetta la venue du jeune Kharon qui devrait sans doute fuir la ville par la porte la plus proche de son domicile. En attendant, le capitaine se prit au jeu le plus populaire dans la ville basse, le troc. En échangeant les produits récupérés et en notant ce dont chaque commerçant avait besoin, alors on pouvait faire ses courses sans débourser une seule pièce de monnaie. Tout en cherchant de quoi faire son dernier petit déjeuner, Guardian repensa à ses douze ans.

 

Son père était simple manœuvre pour le clan et sa mère lavandière, il n’y avait pas beaucoup d’argent et son père lui avait fait comprendre que, cette année, la fête du sauveur aurait un goût amer car avec les réparations de la maison pour se protéger du froid hivernal, il n’y avait plus rien pour acheter des présents pour la venue de Grand-père Tholl. Alors Guardian avait désobéi; Sans doute la première fois de sa vie qu’il désobéissait vraiment à son père. Il avait quitté la rue du quartier haut où il vivait, avait séché l’école et était descendu dans la ville basse. Il serait puni et sans doute doublement mais il fallait qu’il le fasse. Il trouva un marché. Dans la ville basse, ce n’était pas comme dans la ville haute. Là les commerçants ne vendaient pas dans de jolis chalets en bois mais à même le sol ou sur un simple drap de grosse toile. Guardian n’avait pas d’argent et rien pour commencer son marché mais son précepteur lui avait parlé des gamins des rues qui faisaient leurs courses avec rien en poche et sans jamais rien voler. La ville basse était en réalité sous le commandement de trois personnes, la reine des gnomes, le seigneur de l’ombre et le seigneur des bas-fonds, chef de la guilde des voleurs, qui avait pendu deux hommes qui avaient volé dans le quartier sans sa permission. Guardian regarda donc avec attention comment fonctionnait le marché. Une fois qu’il eut compris, il fit un tour complet du marché, faisant fonctionner sa mémoire comme les autres enfants, puis il commença sa tournée. Il aida un marchand d’œufs à déballer sa marchandise en échange d’une douzaine d’œufs qu’il échangea ensuite contre du savon puis le savon contre une poignée de porte qui fut modifiée par le forgeron en échange de l’aide à faire brûler son feu de forge. La poignée modifiée servit à obtenir une bouteille décorée. Il souffla un moment et continua sa route, aidant une brave dame à porter son bois en échange d’une partie de celui-ci qu’il retourna échanger chez le forgeron contre deux fers à cheval. Ceux-ci furent échangés contre du tissu qui fut coupé et échangé en partie contre du fil et l’emprunt d’une aiguille. Il se reposa un peu en cousant quatre paires de gants fins avec le tissu. Il échangea trois paires de gants contre divers articles qui furent échangé eux-mêmes. Il récolta ainsi un peu de parfum qui finit dans la bouteille décorée. Il rendit la bouteille vide et grossière au parfumeur contre une jolie barrette qui décorait son étal. Il finit son marché avec une bouteille décorée remplie de parfum, une paire de gants, une barrette, une poupée de chiffon et du tabac à pipe. Voyant l’heure tardive, il se décida à rentrer chez lui. Il passa par l’une des entrées de la ville. Arrivé au garde, il montra son collier qui indiquait son appartenance aux fermiers du roi et à la ville haute. Le garde regarda ses paquets et déclara :

« De la contrebande ! Ne savais-tu pas, petit, qu’il est interdit d’emporter des produits de la ville basse à la ville haute sans payer une taxe ?

– Je n’ai pas d’argent. Monsieur, s’il vous plait ce sont des cadeaux pour la fête du sauveur.

– Cela te coûtera quand même trois pièces d’argent. »

Les gens dans la queue commençaient à rouspéter, un vieil homme sortit de la queue et alla vers le garde :

« Monsieur, il fait déjà froid. Faites donc une exception, c’est la fête du sauveur.

– La guilde des marchands me paye pour surveiller les produits et denrées qui entrent. Je fais mon travail.

– S’il vous plaît, un geste. Nous avons tous froid.

– Il peut garder la barrette s’il la porte sur lui. Pour le reste, je ne peux rien faire. Allez, circulez ! »

Guardian mit donc, devant tout le monde, la barrette à ses cheveux. Il se fichait que dans la queue les autres gens se moquent de lui ou grondent du temps perdu. Le vieil homme qui l’avait défendu au mieux lui fit signe de l’attendre.

« Je devine en plus que les cadeaux n’étaient pas pour toi.

– Non : le parfum était pour ma mère, le tabac pour mon père et la poupée pour ma sœur Jalora. Elle a six ans, elle aura tout de même la barrette.

– Oui, cela lui fera plaisir car cela vient du cœur.

– J’aurais préféré lui offrir aussi la poupée ou que Grand-père Tholl lui apporte mais il n’y a que dans les grandes maisons que des troubadours le font venir.

– Qui sait ? Ce sera la nuit du sauveur, je pense que tout est possible.

– Si vous le dites. Merci de m’avoir aidé. Désolé, je n’ai rien pour vous remercié. Vous pouvez prendre mes gants, je les ai fait ce midi, ce n’est pas bien cousu mais il tiennent chaud. »

L’homme sortit les mains de ses poches, il avait de beaux gants de velours violets.

« Tu vois, j’ai déjà des gants, garde les tiens. Et pour l’an prochain, ne passe pas par les entrées mais par les chemins de traverses. Il en existe un derrière l’auberge des trois sorcières qui mène à son homologue dans la ville basse. Ainsi les gardes ne profiteront pas de tes efforts.

– Merci monsieur. Joyeuses fêtes du sauveur.

– Oui, à toi aussi. Hâte-toi de rentrer. »

 

Guardian courut. Il espérait que son maitre ne verrait son père que le surlendemain mais quand il arriva à la maison, les deux hommes discutaient ensemble.

« Guardian, rentre à la maison, nous parlerons de cela plus tard. »

Le jeune homme aurait préféré que l’on en parle le plus tôt possible. Il prit son bain et aida sa mère à préparer le repas de fête. Ce serait juste un repas un peu meilleur qu’à l’ordinaire. Celui du lendemain serait plus somptueux car les fermiers du roi avaient le droit de passer aux cuisines chercher un panier garni de tout ce que la cour n’avait pas mangé le soir du réveillon.

La mère de Guardian était allée discuter avec le père et, après cela, elle lui sourit, lui faisant comprendre qu’il était sauvé. Le repas alla bon train. Au dessert, Jalora trouva la barrette près de sa part de gâteau.

Soudain, on frappa à la porte. Le père, qui n’attendait personne, fut surpris. Il regarda Guardian avec suspicion.

« J’espère que le Palais n’a pas besoin de toi, ce soir.

– Ils auraient plutôt besoin de servantes en renfort. »

Le père, anxieux, ouvrit la porte et là tout le monde se tut. Le roi sous la montagne entra dans la maison, avec sa grande armure rouge et sa grande barbe blanche.

« Je cherche la petite Jalora. Est-elle bien ici ? »

La fillette, une fois la surprise passée, s’approcha du vieil homme :

« C’est moi, lui répondit elle en le serrant dans ses bras.

– Je vois, j’ai une poupée pour toi. »

Guardian vit alors l’homme à l’armure de cuir rouge sortir la poupée qu’il avait choisie pour sa sœur et laissée au poste de garde.

Une fois la petite fille servie, il s’approcha de la mère qui n’avait toujours pas dit un mot

« Ce parfum est pour vous, madame, je suppose.

– Oui, sans doute, balbutia-t-elle.

– Et ce tabac doit être pour votre mari. »

Le père put tout juste remercier le vieil homme qui s’approcha de Guardian :

« Je t’aurais bien offert des gants mais mon ami m’a dit que tu en fabriquais déjà toi-même.

– Oui, majesté. Vous en voulez ?

– Ma forge me donne assez chaud mais je te remercie. Je vais te donner une épée, ta première épée.

– Les fermiers n’ont pas le droit d’en avoir, monsieur.

– Ah ! Mais tu n’es plus fermier. Mon ami a aussi un cadeau pour toi, Il a adoré ton courage et ton dévouement pour les tiens malgré les risques. Tu le retrouveras après-demain au Palais. Si tu le souhaites, il te fera rentrer à l’académie de la garde royale.

– C’est vrai ? Mais comment ?

– Mon ami en est le directeur, c’est le capitaine Myrdhin.

– J’ai rencontré le plus grand capitaine au poste de gardes ?

– Oui, jeune homme. Je m’excuse, je dois y aller. Une fête m’attend sous la montagne, je ne suis venu que pour toi, la cuisinière n’aime pas attendre.

– Merci majesté. »

Guardian trouva que le comédien envoyé par le capitaine jouait très bien son rôle.

 

Le jeune Kharon arrivait. Bientôt, Guardian perdrait la vie dans cette ville basse qu’il aimait tant.

Il mourut le sourire aux lèvres en repensant à cette fête du sauveur vraiment réussie. Il était entré le surlendemain à l’académie, il avait plusieurs fois sauvé la vie du père de l’actuel roi, une amitié fraternelle avait lié les deux hommes.

Quand Guardian fit la queue au paradis, un vieil homme vient le chercher. Il portait une armure rouge, à ses pieds se trouvait un loup au pelage blanc et noir.

« Tholl roi sous la montagne ! Votre majesté, que me vaut cet honneur ?

– Je te présente Fenrir.

– Le divin de l’équilibre.

– Oui, ton protecteur. C’est lui qui a envoyé le mage Myrdhanos au poste de garde ce jour-là.

– Vous voulez dire que Jalora n’a pas serré dans ses bras un simple comédien ?

– Hé non, Guardian, pour toi et ta jeune sœur, je me devais de me déplacer en personne. Allez viens notre repas est annoncé alors ne faisons pas attendre la cuisinière. »

 

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Une réponse à Noël 2013 : Guardian de Maspian

  1. Anonyme dit :

    On voit de suite que vous connaissez bien le sujet

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